Bonjour Ingrid et merci d’avoir accepté cette interview.

C'est surtout gentil à vous de me l'avoir proposée ! Alors merci aussi...

ingrid desjours




Pourriez-vous vous présenter en quelques mots aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je ne suis pas très douée pour cet exercice ! Je dirais que je suis une passeuse d'histoire, une conteuse...


Comment avez-vous commencé à écrire ?

J'ai toujours écrit. J'ai commencé à huit ans, pour dénoncer les injustices qui me sautaient aux yeux et exprimer une colère que je n'osais pas montrer. J'avais une vraie passion pour notre langue et je pouvais lire le dictionnaire pendant des heures, sautant d'un mot à l'autre, au gré de mon imagination ou des définitions. Aussi loin que je me souvienne, ça a toujours été mon moyen d'expression privilégié... ça et les crayons de couleurs, quand j'étais petite... mais pour le bien de l'humanité j'ai abandonné le dessin ! Après une 'grosse activité' à l'adolescence, j'ai complètement renoncé à cette partie de moi-même, m'engageant dans des études de psychologie et délaissant ma créativité. Mais au final, tout ce que j'ai appris et vécu par la suite est venu nourrir cette envie, ce besoin d'écrire et quand j'ai eu l'opportunité d'ouvrir de nouveau les vannes, ça a été un déferlement d'idées et un torrent de plaisir ! Echo venait de naître et allait être le premier d'une (je l'espère) longue série de romans !


Quels sont les auteurs qui vous ont influencé ?

Enfant j'étais fascinée par les contes de tous pays et la mythologie grecque, pour leurs différents niveaux de lectures et les affres dans lesquelles ils me plongeaient. Puis j'ai découvert Maupassant, Baudelaire, Barjavel, Orwell, Stephen King, Ann Rice et je me suis imprégnée de leur regard sur la société, de leurs idéaux, de leur talent pour créer d'autres mondes, d'autres réalités.


Dans quelles conditions avez-vous besoin de vous trouver pour écrire ?

Dans le silence absolu. Je serais capable de tuer quelqu'un qui tousse ou respire juste trop fort à côté de moi. Je ne supporte pas qu'on vienne troubler ce lien que j'entretiens avec mes personnages quand je raconte leur histoire. Alors bien souvent, c'est la nuit, ou des bouchons profondément enfoncés dans les oreilles que j'écris... Les seuls qui ont le droit de me déranger, ce sont mes chats... et ils ne s'en privent pas (mais c'est normal, les chats ont tous les droits, non?)


Sa vie dans les yeux d’une poupée est votre troisième roman, comment est-il né ?

D'une énorme colère. Quand je l'ai écrit, j'étais en réaction contre plein de choses... Et j'avais besoin d'un bras armé qui soit l'expression de mes pulsions. J'ai très vite imaginé le personnage de Barbara et je pensais que le roman ne tournerait qu'autour de sa colère, de sa violence. Et puis, très curieusement, à peine avais-je écrit la scène de son agression – qui est la première scène que j'ai écrite, bien qu'elle n'apparaisse qu'au troisième chapitre – Marc s'est invité dans ma tête et dans cette histoire. Ce qui est un comble, parce que je ne voulais surtout pas d'un flic et encore moins d'une enquête ! Pourtant, il s'est imposé comme une évidence. À croire que c'est Barbara qui l'a appelé à la rescousse sans me consulter !


Le traumatisme de Barbara est extrêmement violent et dérangeant à lire. Etait-ce aussi violent et réel lors de l’écriture ?

Violent : oui. Parce que je me suis projetée dedans à 100% et que j'avais l'impression de vivre au ralenti une scène abominable, avec pour double peine de la ressentir avec Barbara mais aussi de devoir m'attarder sur ce ressenti, sur chaque élément, pour les raconter le plus précisément possible. D'ailleurs en ça, ça m'a permis d'approcher la douleur et l'humiliation que ressentent les victimes d'agression lorsqu'elles doivent raconter encore et encore, dans le moindre détail, ce qu'on leur a fait subir. Dérangeant : non. Parce que je suis restée réaliste, que c'est ainsi qu'un viol se passe. J'aurais eu plus de mal à assumer une version édulcorée ou érotisée de cette agression.


Vos deux personnages ont autant de blessures physiques que psychologiques. Comment fait-on vivre ces personnages ?

En allant puiser au fond de soi. En utilisant ses propres démons, ses failles, même si ça fait mal et qu'on a le sentiment de se foutre à poil. C'est inconfortable et impudique mais c'est honnête. Je ne peux pas donner vie à des personnages que je nourris pas de mes propres émotions. Ils sont une extension de moi, chacun à sa façon.


La dimension psychologique est très présente dans vos romans. Est-ce une particularité des auteurs féminins ?

Je crois que c'est aussi et surtout ma casquette de psy qui fait ça. Je ne sais pas si c'est une particularité féminine. L'affirmer induirait que les hommes sont dépourvus d'empathie, ce qui est faux. Et il y a d'excellents psys hommes. Peut-être, en revanche, les femmes s'attardent-elles plus sur l'intériorité, les émotions de leurs personnages ? Je n'en sais rien pour être honnête. Tout ce que je peux vous dire, c'est que je suis en empathie avec mes personnages et que j'espère transmettre un peu de leurs ressentis à mes lecteurs.


Comment la psycho-criminologie vous a amené à l’écriture ?

L'écriture fait feu de tout bois. Les auteurs sont des vampires, c'est bien connu ! Nous nous nourrissons de nos expériences, de nos rencontres, de ce que nous comprenons des histoires des autres... Alors je crois que si j'avais été boulangère, j'aurais tout autant puisé dans mon vécu pour mettre mes personnages dans le pétrin ! Maintenant, c'est vrai que ceux que j'ai rencontrés à l'époque et la façon dont j'ai traversé ces années m'ont marquée, façonnée... et que c'est un terreau fantastique pour des thrillers ! Sans doute est-ce aussi un exutoire... mais pour en être sûr il faudrait le demander à mon inconscient !


Quelle sera votre actualité pour 2014 ? Avez-vous quelques révélations à faire sur un prochain roman ?
Oui !!!! J'ai le plaisir de vous annoncer que je suis désormais éditée par Robert Laffont dont les valeurs humaines et professionnelles sont en totale adéquation avec les miennes. Le fruit de notre première collaboration verra le jour en octobre ! Je suis aux anges !


Derrière tout écrivain se cache un amoureux des livres, avez-vous quelques lectures à conseiller à nos lecteurs ?

Je ne leur en conseillerai qu'une seule, pour les encourager à aller vers toutes les autres qui les attirent. Il s'agit de « Comme un roman » de Daniel Pennac. C'est un livre qui désacralise la lecture, pour que chacun se l'approprie à sa façon, juste pour le plaisir, sans se soucier des injonctions de tel ou tel maître à penser. Daniel Pennac y a listé les droits du lecteur. Je ne résiste pas à l'envie de vous les copier ici :


    Le droit de ne pas lire.

    Le droit de sauter des pages.

    Le droit de ne pas finir un livre.  

    Le droit de relire.

    Le droit de lire n'importe quoi.

    Le droit au bovarysme.

    Le droit de lire n'importe où.

    Le droit de grappiller.

    Le droit de lire à haute voix.

    Le droit de se taire.


Merci Ingrid, nous vous laissons le mot de la fin.


Je n'aime les fins que lorsqu'elles signent le début d'autre chose. Alors, à bientôt !