enfermé

Les premiers papillons ont éclos derrière ses paupières. Elle en avait déjà vu de semblables, enfant, un été au bord de l'océan, jaunes et violets contre le ciel d'azur. Elle était allongée au soleil, l'herbe souple courbée sous sa peau dorée. Le vent tiède soufflait le sel iodé de la mer dans ses cheveux. Aujourd'hui, l'astre était noir. Le sol dur sous ses épaules. Et l'odeur était celle d'une marée putride qui se retire. Les papillons s'éloignaient de plus en plus haut, de plus en plus loin. Et l'air lui manquait. Lui manquait...
Elle a ouvert la bouche pour respirer un grand coup, comme un noyé qui revient d'un seul coup à la surface.
Les papillons ont disparu, brusquement effrayés par un rugissement issu du fond des âges...

Je ne savais pas du tout à quoi j'allais m'attendre en ouvrant ce roman, j'ai pris un train en pleine figure. J'ai été percutée par le personnage de Virginie. Le milieu carcéral n'est pas toujours facile pour les détenus lambda, imaginez le pire pour un détenu homosexuel et 1000 fois pire pour un transgenre :  enfermé dans un corps qui ne lui convient pas et enfermé entre 4 murs.

Jacques Saussey nous fait vivre l'enfer qu'a quasiment toujours connu Virginie entre indifférence, mépris et haine. Et pourtant elle se relèvera toujours affrontant vent et marées, subissant humiliations sur humiliations. Beaucoup auraient lacher l'affaire. Pas elle.

Je ne connaissais pas du tout l'univers des transgenres, leur combat (contre leurs corps mais aussi vis à vis de leur entourage), les traitements. Virginie en devient leur porte parole.  

Dès les premières pages, on se sent emporté par cette histoire bouleversante et forte en émotions. Le coeur est chaviré. Virginie est un personnage extrêmement touchant que l'on ne pourra pas oublier.

Enfermé.e est un gros coup de coeur et une claque monumentale.